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 Nouvelle policière

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ShanoaOoE
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MessageSujet: Nouvelle policière   Jeu 15 Nov - 20:23

Salut salut Smile

Poésie, fanfic castle'.. et maintenant nouvelle !

Si ça peut faire vivre le forum un peu... (Pour l'instant il y a deux autres aventures de ce policier. Si vous aimez j'écrirai la 4eme.) J'attends vos retours mes chers internautes

Dutronchand 1

Cela faisait déjà deux bonnes heures que l’inspecteur Dutronchand observait, à moitié dans ses pensées, l’éventail de corps se pavanant ou lézardant à la plage. Il était déterminé à oublier le 36 quai des Orfèvres et à s’offrir des vacances bien méritées à Albufeira, au Portugal, sur la Praia Dos Pescadores, la plage des pêcheurs. Il n’allait pas avoir affaire au bureau de Lisbonne. Incognito, touriste, le look parfaitement banal, torse nu tout de même, et des chaussures bateau. Seulement, lorsqu’on a trente ans dans la police française, tout endroit apporte son lot de faits divers. Abufeira, il le savait instinctivement, ne faisait pas exception. Malgré lui, il se mit donc à surveiller les alentours.
Environ trois cent personnes, trente individus dans l’eau, environ des dizaines de balles de ping pong perdues. Un large yacht, au loin, immobile. Quelques vaillants pêcheurs sur les rochers.
Pour ainsi dire, rien de bien excitant. Il sentait que son envie de somnoler lui reprenait. La bande bleu-vert de l’océan se superposait bientôt avec celle, plus large, du sable. Une plage, parmi tant d’autres. Rien d’excitant. Dutronchand en venait presque à espérer que quelque chose se produise.

Droit sur sa serviette, il regarde distraitement devant lui.
Un homme entre dans son champ de vision. Il est affublé de toute la panoplie du plongeur amateur, mais ne semble rien ramener de son périple, pas même quelques clichés des fonds marins sur un appareil photo. Il enlève ses palmes et tourne bientôt le dos à l’inspecteur, suivant la rive vers la gauche de l’inspecteur, les cuisses bien dessinées. Ce dernier le perd rapidement de vue. « Sans doute un adepte du snore-queueling » se dit-il, amusé, avec un fort accent français. Son regard remonte vers l’horizon. Un parachute vient de se poser sur le yacht, et l’énorme monstre se met aussitôt en mouvement. Cette variété d’activités, constate l’inspecteur, signifie que lui, contrairement à eux, s’ennuie royalement. « C’est peut-être ça aussi, l’intérêt des vacances. Accepter de ne rien faire. Bah, je m’y fais pas, moi. » bougonne t-il.

Légèrement sur sa gauche, du mouvement attire son attention. En effet, une nageuse semble avoir un problème de garde robe. Le haut de son maillot, déjà fort peu utile, ne paraît plus faire son office. La demoiselle plonge. L’inspecteur regarde cette nouvelle source de distraction. La nageuse en détresse extirpe un haut de maillot doré, qui, l’inspecteur en est sûr, n’a rien à voir avec le précédent. Elle se rapproche rapidement du bord, en courant dans l’eau. Il lui donne l’impression de crier. Des gens s’attroupent autour d’elle, attirés, et la belle Latina fait maintenant peu de cas du fait que le haut de son corps soit totalement visible. L’inspecteur tend l’oreille. Il entend à coup sûr : « corpse! ». À mieux y regarder, la jeune femme semble affolée. Grommelant, il se lève et va au niveau de la troupe. Il voudrait poser des questions. L’adrénaline familière commence à monter en lui. Quelques hommes partent plonger dans la direction indiquée par la jeune femme, ce qui permet à l’inspecteur de se rapprocher de la nageuse. Dutronchand n’en apprend pas plus en la questionnant : Elle a découvert un corps à quelques mètres du bord dans une eau peu profonde, elle a trouvé le haut du maillot doré enlisé au fond. Le cadavre doit avoir entre dix-neuf et vingt ans selon son estimation, et elle porte un bas de maillot coordonné à celui qu’elle agite frénétiquement.


Suivant cette discussion peu fructueuse, les hommes remontent le corps. En l’observant, Dutronchand est certain que la victime n’a pas été noyée mais qu’on s’est juste débarrassé du corps. L’inspecteur compose le numéro du bureau de ses collègues à Lisbonne. Le temps qu’ils arrivent, il peut mener son enquête. Il se sent enfin utile à toute cette foule en vacances. Il s’en dirait presque revigoré. Il se fait la réflexion que cette idée est malsaine puis se concentre sur le corps.
Il n’y a ni signe particulier sur la victime, ni tatouage. Aucune trace de violence extérieure perpétrée sur elle, aucune marque de strangulation, ni marque aux poignets ou chevilles. Un corps parfait, en apparence. La demoiselle a des tâches de rousseur. Elle a une physionomie d’Europe de L’Est. Si seulement l’épouse de Dutronchand savait pourquoi son mari pouvait reconnaître les filles de cette région. Il se racla la gorge et tenta de remonter le fil des événements. D’abord la plage, la foule, le yacht, le plongeur. Il eut un flash. Il se souvient avoir relevé un autre détail que les cuisses musclées du plongeur. Un détail comme un tatouage, ou plutôt, un symbole, sur la jambe droite du jeune homme alors que celui-ci s’éloignait. On aurait dit une sorte de S entouré des ailes déployées d’un aigle rouge et noir. « C’est cela, pensa-t-il, comme l’aigle albanais. » Il fit retourner le corps qu’on venait de repêcher. Il trouva au même emplacement le même tatouage qu’il avait détecté sur le plongeur, et, en parallèle, le même genre de tatouage, orné d’un D cette fois, sur la cuisse gauche de la victime. À bien y regarder, celui avec la lettre D semblait plus frais que l’autre, où il y figurait un S.
Les badauds s’étaient éloignés du corps, passées les premières clameurs d’effroi. La plage s’était lentement vidée de ses vacanciers. Dutronchand regarda au loin et vit que le yacht n’était plus dans son champ de vision. Un vendeur plagiste jeta un œil ahuri au corps roide étendu et brailla, quelques secondes plus tard : « Ice cold drinks, fresh fruits, cerveza! » L’inspecteur le reconnut en un instant. Puissamment, il le ceintura. Le plongeur qui avait attiré son attention lui révéla qu’il avait été chargé de larguer le corps d'une escort, mais que celui-ci, souhaitant que la police mette un terme aux agissements de la société pour laquelle il travaillait, déplaça le corps. Il l’aurait sorti de l’eau, s’il avait osé. Il risquait sa vie, s’il venait à être découvert. Le jeune homme refusa de donner le nom de la société, ou le nom de la fille. Il était employé en tant que photographe des soirées hype qui s’écoulaient sur le bateau, le yacht au loin. De ce qu’il savait, l’escort n’avait pas fait assez durant une soirée et son patron l’avait virée, c’est-à-dire, dit-il la mine sombre, liquidée. Dutronchand sentit que la voix de son interlocuteur faiblissait, il vacilla très légèrement et tomba raide mort.
Dutronchand se mit à faire le rapport de sa journée plage dans son carnet pour y noter ce qu’il avait glané. Le temps allait être long avant que ses collègues ne daignent arriver sur la scène de crime. « Tu parles de vacances ! Il avait deux gamins sur les bras maintenant ! Et tous deux morts, avec ça ! »
La journée suivante, décuvant avec ses collègues à Lisbonne devant un Angleterre-Tunisie, et farouchement sur l’enquête, il remarqua une sombre boîte de nuit, style sado-maso qui faisait l’angle du quartier chaud, pendant leur tournée des bars entre policiers. Sur le mur noir de l’édifice, avait été peint un aigle aux ailes déployées, embrassant un large S.
Il entra dans l’établissement et le plaça en perquisition. De toutes jeunes femmes se faisaient prendre en photo par des types du même style que le plongeur, le tout dans une ambiance cuir et cave underground. Il remit tout le beau monde qui traînait à cette adresse à ses collègues.
« J’lai toujours dit, les lupanars glauques, faut s’en méfier comme de la peste ! Les plages ici, c’est tout de même plus tranquille ! »
Ecrit à la Praia Dos Pescadores Albufeira, 24 Juin 2018.
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Killy
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MessageSujet: Re: Nouvelle policière   Ven 16 Nov - 0:34

Je vais faire une exception et commenter sans avoir tout lu, au fur et à mesure de ma lecture.

Le nom de l'inspecteur est amusant ^^ Qu'est-ce que le snore-queueling ? Le coup de l'inspecteur qui s'ennuie en vacances me rappelle vaguement l'inspecteur du manga Monster, c'est voulu ? De quoi est mort la deuxième personne ?
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MessageSujet: Re: Nouvelle policière   Sam 17 Nov - 4:55


D'accord avec Killy, le coup de l'inspecteur qui bougonne et grommelle (entre autres) m'a rappelé d'autres figures du genre qu'on voit dans les films et à la télé, et qu'il est inutile de citer^^

Sinon c'est rigolo Shanoa tu sembles être inspirée par les lieux que tu visites pour écrire tes nouvelles. Heureusement que tu n'as pas dû aller en Valachie pour écrire ta fan-fic sur Castlevania^^
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ShanoaOoE
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MessageSujet: Re: Nouvelle policière   Sam 17 Nov - 11:26

Merci Messieurs !
Killy, il s'agit du snorkelling, le fait de nager en surface avec un masque et tuba pour admirer la vie sous-marine (enfin malheursement ce qu'il en reste...)
Pour Monster, j'avoue ne jamais avoir lu ce manga. Ikagami et Battle Royale mais c'est vraiment tout niveau mangas (don't kill me just yet)
De quoi est mort la deuxième personne ? C'est toute la question. On peut imaginer que depuis le bateau, quelqu'un lui a tiré dessus. Ou bien que son manège avait été repéré et qu'il a été empoisoné à bord... C'est le mystère.

Merci pour vous réactions, ça me fait chaud au coeur.

S.A.S : (Seigneur Altesse Sérénisime ?) Oui, très juste. Ah mais je ne sais pas si j'aimerai m'y rendre du coup. Une amie Roumaine me disait qu'on pouvait visiter un chateau, mais il n'y avait aucune chance que ça soit celui du fils du drake Very Happy
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MessageSujet: Re: Nouvelle policière   Sam 17 Nov - 17:00

D'accord, merci pour la précision.
Ne pas avoir lu Monster... C'est un pêché de niveau 9 (sur 10), il va t'en coûter si tu ne répares pas cette outrecuidance promptement... *rattrape le fouet lancé par Simon Belmont en personne*
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MessageSujet: Re: Nouvelle policière   Mar 20 Nov - 12:02


Il reste donc des mystères non élucidés à ton intrigue...
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ShanoaOoE
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MessageSujet: Re: Nouvelle policière   Jeu 10 Jan - 2:10

Dutronchand fulminait. Il venait de sortir d’une boutique de costume et vestons taillés sur mesure pour messieurs. La bourse de ceux qui venaient en cure thermale à Aix-Les-Bains leur permettait de telles folies. Smoking bleu nuit, pompes lustrées hors de prix. Et puis quoi encore ? Heureusement qu’il n’avait que quelques pas à faire pour atteindre le casino, depuis cette échoppe de friperies pour retraités anxieux savoyards.

L’édifice était en travaux. Pour ce qui est du luxe et de la classe du coin, on repassera. C’était tout son bureau, ça. L’envoyer dans un petit écrin peu connu pour passer incognito, et évidemment il arrivait aux dates où la ville refaisait ses principales attractions. Il se posta un moment en face du casino dont la large fontaine crachait des jets de couleurs et fit mine, comme tout touriste ou énergumène équipé d’un téléphone mobile pas trop désuet, de s’extasier devant les marbres blancs et la lourde porte dorée au tourniquet incessant.
Terrible perfectionniste, il prit plusieurs clichés, tout en observant du coin de l’œil tout le gratin ou la simple populace qui se pressait devant le casino. Certaines démarches ne pouvaient qu’être travaillées, reflétant un statut social évident. Les robes des dames allaient de criardes, à élégantes. La tenue des messieurs, si elle n’était pas citadine, était chic. Dutronchand se considéra. Exactement comme lui. Des membres de cette petite foule commençaient à le regarder avec insistance. Vêtu comme il l’était, justement, il ne pouvait prétendre à prendre une photographie, puisqu’il, se rappela-t-il, devait paraître un habitué des lieux. Il lança, à l’adresse de qui voulait bien l’entendre, avec un bel accent espagnol :
« C’est pour ma nina! Jamais el tiempo! »

Le groupe, amusé sans doute par ce drôle, se détachait déjà. Dutronchand attendit encore un peu avant de lui aussi passer par les lourdes portes.
Il tendit au réceptionniste de faux papiers d’identités, sous le nom de Juan Marquès, un supposé riche négociant de vins basé à Majorque.
L’agent effectua sa recherche de rigueur pour vérifier au fichier que ce client n’était pas interdit d’accès aux casinos du monde entier pour quelques excès pécuniers. Il ne trouva rien à son nom, s’occupant déjà des prochaines personnes tandis que Dutronchand pénétrait dans l’espace réservé aux machines à sous qui se trouvaient dès la guérite du réceptionniste passée. Autour de lui, des fresques en verres colorés montraient des scènes pastorales ou antiques, d’ailleurs on ne distinguait pas clairement leurs sujets. En effet, le lieu était plongé dans une sorte de halo de lumière violet et rose. Dutronchand se pencha sur la rambarde d’escalier par laquelle on pouvait accéder à toutes les manipulations que l’esprit humain puisse imaginer entre coups de poker et black jack, dans la salle située à l’étage au-dessous. S’il avait eut le temps, il se serait plu à s’imprégner du caractère art-déco du lieu. Non pas faste mais raffiné.

Scannant les joueurs attablés en contre-bas, il chercha sa cible du regard. Il se l’était imaginée relativement jeune, peut-être qu’elle n’avait pas encore trente ans, vêtue d’une outrageuse robe portefeuille rouge, probablement signée Christian Dior ou YSL. Elle agiterait d’une main distraite un martini qui lui aurait coûté bien plus cher que ceux vendus aux abords du lac du Bourget. Certaines femmes correspondaient de près ou de loin à cette description, l’une d’elle était d’ailleurs en train d’empocher la mise entière de la tablée. Son regard faussement séducteur accusait des années d’expérience dans ce jeu fourbe, on aurait presque dit qu’elle ne comprenait pas pourquoi elle passait le râteau. Si Dutronchand venait à l’approcher, il était sûr qu’il s’en prendrait un, justement, de râteau.
Cela tombait bien, elle ne collait pas à la description. Lui cherchait pour son bureau une criminelle récidiviste, revendeuse de chiens de luxe à Paris qu’elle venait chercher jusqu’aux confins de la Roumanie, en délivrant aux propriétaires français des passeports russes pour leur nouvel animal à quatre pattes, issus du marché noir. Et à quatre mille euros la bestiole, elle pouvait se noyer sous des verres de Coca-Cola et se délecter du cling-cling des machines à sous. Il était évident qu’une fille comme elle n’allait pas se risquer à la stratégie des jeux d’argent mais préférait dilapider sa petite fortune aux mains des tableaux affichant 7777 et autres personnages correspondant à 4 bons symboles. Le hasard, rien que le hasard, qui vous fait vous pavaner en Ducati.

L’inspecteur balaya la salle principale où il se trouvait du regard. Stupéfait, il put alors remarquer que des clients investissaient deux machines à sous à la fois, une main et un œil sur chacune. Ils obtenaient des symboles de nymphettes et autres créatures imaginaires, en sirotant d’un œil vitreux mais encore vif leur neuvième Coca-Cola du soir. On pouvait les compter, vides, sur le plateau posé à côté des appareils qui ne semblaient jamais prendre de repos.
Un intendant, s’arrêtant à sa portée lui déclara :
« Vous cherchez quelque chose, peut-être ? »
L’inspecteur commanda de l’eau et alla s’asseoir devant l’une de ces roues colorées infernales, fournies avec sons et lumières ! Il en avait mal à la tête.
Une jeune femme prit place à côté de lui. Il crut faire un bond, alors qu’il lançait sa mise, d’un air distrait. Il se força à ne pas la regarder, et prétendit être absorbé par la combinaison qui allait sortir. Il y eut une série affreuse de sons et de flashs, apparemment l’inspecteur venait de toucher le gros lot.
Elle dit :
« Monsieur vient d’avoir la chance du débutant. Offrez-moi un verre, soyez gentil. Un scotch, bien corsé. »
Dutronchand s’autorisa alors un regard pour la jeune femme, tant sa demande lui semblait irréelle.

Elle avait une coupe militaire mais punk, des cheveux roses et bleus. Un collier qui semblait carrément être celui d’un chien. Il ne put s’empêcher de penser que c’était probablement pris d’un de ses clébards qu’elle vendait. Elle n’allait pas avoir de problèmes d’approvisionnement de cet accessoire. Du reste, une veste rock noire avec des pics argentés. Le reste de sa tenue se terminait par une jupe terriblement courte, elle aussi noire et maintes fois rapiécée. Il ne voyait pas ses chaussures mais devinait des talons hauts, aussi noirs, style rangers.
Il abandonna son identité espagnole. Il ne lui semblait pas que ce personnage-là se mêle avec la personnalité de cette fille. Elle semblait bien campée dans son avatar, il ne pouvait pas se permettre de paraître hésitant. Ce pourquoi il lui répondit :
« Je n’accepte jamais de donner quelque chose à une personne qui ne me donne pas son nom. «
« Alexia », lui répondit-elle, le mensonge évident dans sa voix.
Dutronchand décida d’aller droit au but :
« J’aurais plutôt dit « Aurore Duchatelet. »
Le ton de l’inspecteur était presque moqueur. Il détailla encore la fille. Comment était-elle passée de fille à papa à une vulgaire femme adolescente, probablement grincheuse et capricieuse ? Elle dépassait l’entendement. Peut-être pour mettre un terme à sa vie bourgeoise, ou passer incognito.
L’annonce du nom fit l’effet escompté. La jeune femme marqua un temps d’arrêt, à peine perceptible. Il devait au moins lui donner quelques vivas pour la maîtrise de son personnage.
Elle ne se démonta pas et lui répliqua :
« Inspecteur, je suppose ? L’on vous a dit que je ne faisais pas partie de votre fantasme et que cet endroit est en effet un casino, non un décor de lupanar ? »
Ses yeux brillèrent lorsqu’elle prononça ce dernier mot, l’inspecteur remarqua que ses yeux de poupée bad girl étaient soulignés au khôl, surmontés d’un trait de crayon bi-ton violet et bleu.
« Quand t’as l’bfiton, tu peux t’permettre le bi-ton », grommela l’inspecteur en lui-même. Lui n’était pas de cette époque où les filles étaient jeunes dames et les femmes des princesses capricieuses. Elle reprit :
« Dommage, vous me plaisiez, mon petit sugar daddy. » Elle mit ses lèvres en cul de poule, avançant clairement son buste.
L’inspecteur ne tombait pas dans son jeu. Elle venait en prime de le traiter de vieux ringard, et sa petite comédie ne prenait pas avec lui.
En plus de cela, ce n’est pas des aveux que Dutronchand voulait, mais le nom de son patron.
Il ne pouvait plus jouer la carte de la soirée arrosée dans son appartement acheté avec de l’argent sale en face du lac.

Il en avait trop dit, il n’allait pas réussir sa mission. Il la regarda encore et décida de lui parler de son collier :
« Votre bijou me rappelle mon fidèle Météor, un super Border-Collie. Je pensais acheter un de ses bichons qui fleurissent à Paris. »
La jeune femme ne cilla pas plus. Elle lui tendit une carte sortie d’un petit sac à main violet, qui indiquait une adresse non loin d’ici, au coin d’une rue à l’écart du tumulte du lac. Quelque chose d’aussi banal que rue Elvire. Là où l’enfant du pays était Lamartine, le nom de son amante était tout aussi couleur locale.
« Je vous donne congés, le temps de me rendre à cet entrepôt à l’adresse indiquée. Mais vous ne me plaisez pas, donc je ne vous propose pas de venir avec moi. Ceci est purement professionnel. En clair, je vous donne un cleps, vous me donnez quatre mille plus de quoi payer mon taxi et on se retrouve là-bas ! »
Dutronchand ne broncha pas, lui tendit en espèce quatre mille euros trente. Il avait prit cinq mille dans son porte-monnaie. Dans un casino, personne n’allait s’offusquer de cette somme.
Il attendit qu’elle sorte du casino, appela un taxi, demanda discrètement du renfort et se trouvait quelques minutes plus tard devant un entrepôt de la rue Elvire, en tôle rouge, à l’intérieur d’un ancien lavoir.
Il entra, l’entrepôt était vide. Il entendait distinctement quelques chiens japper et se demandait comment on ne les entendait pas de l’extérieur. Ils étaient tous muselés.
« Personne encore, restez discret », informa t-il la brigade de soutien locale par SMS.
La donzelle punk arriva, royale, conduite par un chauffeur de taxi en Jaguar, avec quinze minute de retard, de circonstance, vu le personnage.

Connaissant les lieux, elle alla directement dans une zone de l’entrepôt, ouvrit une des petites cages au moyen d’une clef et sortit un petit chienchien à sa mémère qu’elle tendit à Dutronchand. Pendant qu’elle était de dos, un policier de la brigade locale, arrivé en silence lui avait prit le poignet.
Dutronchand eut le cran de lui dire :
« Allons faire les papiers russes d’un chien roumain, Mademoiselle ? »

De sa main libre, elle attrapa le poignet du policier et lui fit une prise sans effort qui l’envoya par terre. Alors qu’il tentait de se relever, tout semblait alors être tiré d’une scène au ralentit :

La jeune femme venait de se baisser. Rapide, elle avait saisi un pistolet qu’elle tenait sur sa hanche droite grâce à un porte-jarretelles. Elle mettait Dutronchand en joue, qui n’avait eut le temps que de la regarder bouche-bée.
« Les flics comme toi, j’les sens à dix lieues. T’es trop has been, mon pote. » Débita la jeune femme, campée sur sa jambe droite, le corps légèrement en arrière.

Sans se démonter, elle tira sur l’inspecteur, qui para comme il put mais fut quand même touché au thorax. Tout ça pour son beau costume, qui était maintenant fichu. Et, bien entendu, pas question d’avoir équipé un gilet pare-balles.
Tout cela était trop facile. La fille avait dit oui trop facilement. Lui avait donné une adresse trop rapidement. Et il était tombé dans son piège, comme un amateur.

Ni lui ni son collègue ne purent la mettre en déroute. Le policier local alla droit sur l’inspecteur et appelait déjà les secours. Pendant ce temps, la belle effrontée anciennement bourgeoise était repartie, au volant de sa moto vrombissante.
L’inspecteur se rappelle de son doigt d’honneur.

Pour quatre mille euros trente jetés par la fenêtre, il allait pouvoir s’offrir une semaine ou deux en cure. Malheureusement, l’hôpital d’Aix-Les-Bains n’était pas vraiment en face du lac.
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